Ils sont, voilà tout
Derrière le cœur innocent de ces petites bêtes animées par des réflexes conditionnés, il y a un regard profond.
Cependant, que se cache-t-il derrière ces yeux attendrissants ? La réponse : une éternité, mais ce n’est pas celle à laquelle vous pensez.
Bien sûr, ici, nous n’allons pas parler de l’âme comme un esprit flottant (cela est, par ailleurs, une image pour mieux percevoir son concept), mais comme une réalité mi-physique mi-philosophique.
Savoir être, voici la clé. Je ne parle pas du fait d’exister ni de la capacité à se reconnaître, mais de celle d’exprimer ce que nous sommes.
Le verbe, quel merveilleux pouvoir !
L’Homme n’est pas devenu ce super-héros de l’existence du jour au lendemain.
Non, il s’est détaché petit à petit de ce qu’il est, à travers la souffrance et l’horizon, jusqu’à se voir comme un corps extérieur dont il doit s’occuper (c’est le principe de nos membres).
C’est tout le contraire de l’animal : celui-ci doit survivre, il ne pense pas le lendemain.
Si un chien ou un cheval a la possibilité de se nourrir jusqu’à en vomir, il le fera.
Pour eux, tout se passe maintenant, le reste n’est que néant. Enfermés dans leurs réactions, ils n’ont pas le chance de choisir, ils subissent ce qu’ils sont.
Pour eux, le monde est un combat, que le règne animal s’amuse à classer, dont ils ne sortiront ni gagnants ni perdants, mais c’est ce qui fait leur pureté, ce manque d’intérêt.
À jamais sur Terre
Perdre son animal, quelle déchirement. Pourtant, pourquoi est-il accepté de se nourrir d’eux ?
Hormis les animaux domestiques, abattre un bovin ou écraser une fourmi n’engage rien sauf parfois, sa bonne conscience.
La raison de cette différence est égocentrique, mais réelle. Le chat nommé par ses enfants n’est plus qu’un félin errant, il y a un morceau de nous en lui.
Quand la mort vient le prendre, c’est un tas de souvenirs qui disparaît avec lui ou elle.
L’animal est identifiable, mais il n’a pas d’identité. Les éléphants, par exemple, se sentent par le poids de leurs pas.
Une mère reconnaîtra son éléphanteau par les vibrations qu’il émet en marchant, lui permettant de suivre sa trace, par la chair.
Pourtant, aussi maternelle soit-elle, si la mère d’une espèce perd sa progéniture, celle-ci ne s’éteindra pas, s’il a la possibilité de se reproduire de nouveau.
C’est toute la poésie de la nature : en étant dilués dans son espèce, par le fait qu’ils n’aient pas cette conscience formant leur identité, ils ne forment qu’une immense unité avec leurs pairs.
Un dauphin représente un tout ! Ce n’est pas pour rien que, les humains remplacent leurs chiens partis (toujours) trop tôt.
Dans cette nouvelle adoption, ils perçoivent ce qu’était l’ancien être qui partageait leur quotidien.
