Une chanson sortie des enfers
Laurent Boutonnat, artiste pluridisciplinaire de talent, se lance à l’âge de 17 ans dans une production interdite pour mineurs…
Dans ce paradoxe créatif, Monsieur Boutonnat (déjà une sacrée tête, au-delà de son âge) il insère son savoir-faire et se présente à la scène.
Ballade de la Féconductrice sortira en 1980, traumatisera son public en laissant une frustration germée par une mauvaise compréhension et dont la bobine disparaitra à jamais.
Le rituel cryptique
Ballade de la féconductrice est un titre à double sens.
Ballade = chanson sans musique, racontant une histoire (souvent extrapolation de faits réels).
Féconductrice = jeu de mots impliquant une fée qui conduit (vers un but précis).
Au début, nous nous trouvons sur une séquence d’un homme empreint d’humanité, presque philanthrope, s’avérant être un prêtre (ou un gourou sectaire) menant un culte particulier. Cette messe des ténèbres se finira sur un rituel, ayant pour objectif de faire naître un nouvel être symboliquement. Dans les faits, on a aussi une vision « concrètement symbolique », soit le fait d’émasculer un homme, ce qui amène à avoir une femme (raison pour laquelle, la fée est une femme et non pas un homme). Le prêtre du mal va s’enfuir, ayant peur de ce qu’il a créé.
Là, s’en vient deux interprétations : soit l’esprit de la chose est venue dans la nourrisse, soit la nourrisse est l’incarnation de cet être invoqué, par le rituel (castration) du début.
Une fée de la mort
Cette femme, cette fée, n’est pas malveillante. Bien qu’elle tue, elle sauve. Elle sauve des êtres perdus, qui, dans le fond, ne recherchaient que la mort.
Elle a été envoyée pour sauver.
L’enfant est livré à lui-même, soit il est déjà mort. Le mendiant est déjà dans l’enfer de l’être en vivant à l’extérieur. La femme, semblant être sa mère, ne peut vivre en sachant ce qu’est devenue sa fille (la scène du frigo, nous montre sûrement le fait qu’elle soit tombée sur le corps du petit du début).
Mais là, s’en vient le retournement du film : ses actes sont passés d’un devoir à une soif de sang. L’handicapé est la dernière étape de cette narration. Malgré sa condition, l’homme voulait vivre. Il avait peur de la mort. Sa vie lui convenait, malgré tout.
Jusqu'à la transfiguration
C’est à ce moment-là, que la fée devient humaine. Pour ça, afin de s’extirper de sa condition « divine » et devenir humaine, elle doit payer le prix de ses péchés.
Elle passe donc en enfer (la séquence dans la cave nous montre sa rencontre avec le malin et ses victimes sont son purgatoire).
Malheureusement, elle ne parvint pas à expier ses péchés, étant trop lourds.
La séquence se finit avec son corps, la caméra pointée sur son visage mort, allongé sur le sol, sans vie ou alors, on peut aussi concevoir, que le corps laissé pour mort dans cet enfer imagé peut être l’entité détruite, comme un appendice.
Elle n’est plus qu’une âme errante (scène dans le cimetière), perdue (habits noirs) portant ses fardeaux (la valise au semblant lourde).
Le moment où, on la voit tenant les fils de cet enfant, prouve qu’elle n’est autre qu’un pantin dans cette histoire, à l’image du gosse qui, lui aussi, a été le pantin de son devoir.
Comprendre la fin
Mais c’est dans cet enfer, dans ces limbes, qu’elle va rencontrer son créateur (ou son père, concrètement). Elle se sent connectée, amoureuse, de cette personne qui l’a créée. Cependant, elle ne veut plus être sa chienne des enfers. Afin de gagner son paradis, elle l’assassine et devient libre. Malheureusement, la seule liberté pour elle, c’est la mort.
La dernière séquence nous montre deux chemins possibles :
– Le petit est la nouvelle incarnation de cet être maléfique.
– En mourant, elle a redonné vie à l’innocence.
Franchement, bravo à M. Boutonnat.
