De l'Asie à l'Amérique
Jacob, David, Anne, Monica, comme tous les Asiatiques quittant le continent du Soleil, ils enterrent leurs prénoms dans leurs sols, afin d’adopter l’histoire des leur nouvelle maison.
Un choix intergénérationnel les amenant à penser la terre comme un arbre généalogique à devenir, que chacun devra abreuver.
Le récit est malin, car il démontre consciemment ce qui se cache inconsciemment derrière chaque esprit :
Jacob & Monica Yi
Monica a, à travers la figure de sa mère, laissé ce qu’elle était en Corée pour embrasser la manière américaine. Son envie intense de tout abandonner pour travailler en usine n’est autre que l’écho de son besoin de s’intégrer.
Jacob est adopté, adapté à l’Amerique, mais il ne peut lâcher la pierre ethnique qu’il porte dans ses poches, en montrant, pensant et agissant avec ce qu’il est, mais dans sa langue paternelle (l’anglais). Ce n’est pas pour rien que, son arc se finit avec la séquence où, il fait appel au faiseur de puit ! Cette scène nous montre qu’il fusionne avec cette nouvelle part, acceptant cette transfiguration.
Il cherche où poser sa tente éternelle, afin de créer les terres de Jacob.
David & Anne Ti
David et Anne, au début, ne se posent pas la question : ils èrent dans l’ombre de leurs parents, sans se poser la question. Anne est extrêmement intelligente, elle n’a pas ce côté sensible qui interfère dans son être. Elle est terrienne et saura prendre l’habit le dimanche venu.
David est encore trop enfant pour y penser, mais son corps lui, sait qu’il y a un fardeau qu’il a envie d’uriner. C’est la venue de sa grand-mère portant ses racines qui va activement le chambouler : il va, comme un animal apeuré, rejeter tout ce qu’il indiffère, mais petit à petit, cette bête sauvage va s’apaiser dans le câlin des habitudes de ses anciens. L’image de la grand-mère à gâteau va s’éteindre pour laisser place à la réalité des cartes, aux cris, à la joie de vivre.
Soonja ou grand-mère
Soonja elle, incarne le chef-d’œuvre de ce film : dès son arrivée, comme un appel de détresse de son cœur, elle a besoin de retrouver la couleur de ses herbes.
Pour remédier à ce besoin habituel, elle plantera ce même cœur dans la forêt.
Cependant, petit à petit, elle boira l’eau de ce nouveau pays (sous les conseils brutaux de son petit-fils : « n’amène plus jamais rien à boire ou la scène de la boisson pipi), dérobera pour elle cette intégration qui ne lui est pas donnée et aimera les défauts (la violence transmise à travers le catch) de son nouveau jardin.
Malheureusement, l’âge, les racines trop attachées à son ancien jardin, ne lui permettra pas de s’attacher de nouveau. Elle laissera sa peau, emportant la maladie de l’avenir de la famille, les qualités non-utiles ici.
Les légumes ne peuvent tenir, ils se doivent de brûler, car tenter de maintenir une agriculture sur un verger non-adapté est voué à s’auto-consumer. C’est ainsi qu’il est dit que : « quand tout va mal, notre mariage peut marcher ». L’erreur est que, de réduire à néant nos valises est aussi destructeur que de nier une vérité.
Le véritable secret, c’est le minari ! Une plantation anti-poison aussi bien connue en Asie qu’en Occident. On appelle ça, la coriandre. Ce n’est pas pour rien que, cette plante aromatique existe de l’Est à l’Ouest, sous deux appellations
En analogie au récit, il faut savoir garder, amener ce qui peut-être planté, chérir la racine en capacité de germer au-delà des continents.
